La Fête du Slip

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Nouvelle martingale du box-office mondial, les héros en collants ont envahi progressivement les salles depuis une quinzaine d’années pour aboutir aujourd’hui à une véritable orgie !

Initiée par Marvel, cette partouze de super héros cachent une guerre industrielle que se livrent deux géants : Marvel (Disney) et DC Comics (Warner). Avec un train de retard, Warner s’y est  mis en commençant par ses deux icônes inoxydables : Batman et Superman.

Après la trilogie “Batman” de Christopher Nolan et le “Man of Steel” de Zack Snyder, “Batman vs Superman” constitue la première vraie réponse de la Warner aux Avengers de Marvel, puisqu’il pose les bases d’un futur « univers partagé », c’est à dire d’une série de films reliés entre eux dans le but de feuilletonner et fidéliser le public.

Après un “Man of Steel” qui a relancé le mythe de Superman, Zack Snyder continue sur sa lancée avec ce “Batman vs Superman”, soit le duel tant fantasmé de deux icônes qui promet des bastons dantesques. Formé à la pub, Snyder a prouvé avec “300”, et surtout “Watchmen” son amour des matériaux qu’il adaptait en s’efforçant d’icôniser à fond la caisse ses personnages via une mise en scène très « ampoulée » avec force ralentis et cadrages stylisés. Qu’on aime ou pas, on ne peut nier le pouvoir de fascination des images qu’il fabrique. Cette générosité se double aussi d’une maladresse qui plombe ses œuvres et les empêchent d’être pleinement réussies soit la cohabitation du génial et du raté.

Dark Snyder

Suite directe de “Man Of Steel”, la première heure est très réussie et se permet même quelques fulgurances. Le souci constant de Snyder d’ancrer ses héros dans la réalité enrichit l’enjeu dramatique du film, allant jusqu’à interroger le statut de Superman, traité à la fois comme une divinité et une menace qu’il faut neutraliser. Ce traitement rappelle un peu celui du Dr Manhattan de “Watchmen” ; la filiation entre les deux films étant renforcée par l’acteur qui joue le père de Bruce Wayne dans la scène de trauma qui ouvre le film à savoir Jeffrey Dean Morgan. Ce qui nous mène au vrai héros du métrage : Batman. Ben Affleck en donne une interprétation passionnante. Vieilli, fatigué, revanchard, limite psychotique, il nous livre tout simplement la meilleure incarnation du Dark Knight.  Il EST Batman. En ces temps de culte de la jeunesse, mettre en avant un héros vieillissant était un pari osé, surtout pour un gros budget de studio. Jesse Eisenberg quant à lui compose un Lex Luthor complètement fêlé. Over the top, son jeu colle parfaitement au personnage. Baignant son film dans une atmosphère sombre voire dépressive, Snyder se permets toutes les audaces visuelles, au risque parfois de le rendre incompréhensible et illisible notamment dans ses scènes d’action montées à la hache, sans aucun sens de l’espace. Je lui recommande de demander à la Warner un congé de formation auprès du Maître : Sir John Mc Tiernan. Cela lui ferait le plus grand bien. Il parvient toutefois à innerver le film de ses obsessions habituelles  comme le rapport à la mère et l’eugénisme.

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Un porno numérique

C’est lorsqu’il doit répondre à ses obligations contractuelles, à savoir introduire les personnages de la Justice League of America, que le film s’affaiblit et perds en cohérence. C’est à la truelle et sans aucune explication que le personnage de Wonder Woman fait son apparition. Epique, le duel entre les deux icônes en slip tient ses promesses et aurait dû clore le film. Convaincu que « plus c’est long, plus c’est bon », le cinéaste nous jète à la figure un dernier acte bordélique, illisible, bourré jusqu’à la gueule d’images de synthèse. Même s’il est parsemé de quelques rares plans iconiques et révèle une Wonder Woman badass à souhait le combat final n’est rien d’autre qu’un gigantesque porno numérique. D’où la sensation d’assister à un film boursouflé et réalisé à la va-vite.

Bourré de qualités et de défauts, “Batman vs Superman” est l’œuvre d’un grand gamin a qui on a donné le droit de casser ses jouets.

Fouad Boudar