A la recherche du cinéma perdu

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Pour son treizième film, Diane Kurys s’est attaquée à un genre qui a intéressé et intéresse toujours de nombreux cinéastes quels que soient les pays ou les époques, celui du cinéma dans le cinéma, genre qui naît pratiquement dès les débuts du septième Art. Pour ce faire, la réalisatrice s’est attelée à l’adaptation du roman de Sylvie Testud, publiée sous le titre de « C’est le métier qui rentre » (Editions Fayard, 2014), écrit suite à la réalisation de son premier long métrage « La vie d’une autre », sorti en salle en 2012. L’adaptation a été l’oeuvre des deux femmes : Diane Kurys et Sylvie Testud, qui assure en outre le rôle principal du livre.

Si le film garde l’essentiel du livre (noms des personnages, situations, lieux,…) ,il va diverger sur quelques points, notamment sur un, qui n’est pas négligeable, celui des producteurs qui décident de produire le film de Sybille. Dans le film, nous avons affaire à deux productrices, qui de surcroît vivent ensemble dans un superbe hôtel particulier dans lequel elles ont installé leurs bureaux. Non seulement ce lieu a une place centrale dans le film, mais également au niveau de sa réalisation, dans la mesure où l’ensemble des intérieurs (appartement de Sybille et de son compagnon, bureau de l’agent, bureau des productrices,…), ainsi que ce qui est indispensable à la mise en oeuvre d’un film lors de l’étape du tournage. Ce lieu occupe ainsi une place essentielle pour ce film tant au niveau de sa narration que de sa mise en oeuvre, entraînant des diminutions de coûts non négligeables, surtout lorsque l’on dispose d’un budget assez serré en raison de la volonté délibérée des chaînes de télévision de refuser de soutenir ce film, chaînes qui investissement des sommes non négligeables dans le financement des films français. Seul OCS a accepté de suivre la réalisatrice dans cette aventure. Ainsi, Diane Kurys se retrouve avec un budget qui ne dépasse pas les quatre millions d’euros. Il va de soi que, à l’instar du livre, le film a bien failli ne pas voir le jour. L’argument des chaînes de télévision était qu’un film sur le cinéma ne peut intéresser le grand public, discours tenu avant la diffusion sur France 2 de la série « 10% » en 2015.

Ce que nous montre Diane Kurys du monde du cinéma est assez juste : réécriture des scénarios par les producteurs qui ne les lisent pas, partage vie privée/vie professionnelle compliqué, place des agents, etc… D’autant qu’elle a choisit le mode de la comédie pour nous narrer une réalité qui est assez dure. Il faut louer l’intuition de la réalisatrice dans le choix des comédiens : les deux productrices prédatrices interprétées par Zabou Breitman et Josiane Balasko forment un duo assez irrésistibles, François Demaison est formidable en agent, dans des rôles plus secondaires, Claire Keim, Hélène de Fougerolles et quelques autres apportent des éclairages intéressants sur les dessous de la vie des comédiennes, etc…
Malheureusement la mayonnaise ne prend pas, ce n’est pas faute d’investissement (dans tous les sens du terme) des actrices (et acteurs) dans ce film, on sent qu’ils ont dû prendre beaucoup de plaisir à jouer leurs rôles, mais on reste au niveau de l’écume. Et c’est le cinéma que l’on perd en cours de route. « La nuit américaine » de Truffaut, « la » référence dans le cinéma français dans ce genre de film était lisible à divers niveaux : c’est à la fois une comédie, c’est une réflexion sur l’époque (l’après 68) et sur le métiers du cinéma et également sur le cinéma. Le film de Diane Kurys ne reste qu’au premier de ces niveaux. Et si l’on peut prendre du plaisir à voir jouer ces comédiens (-nnes), on ne dépasse pas ce niveau. Dommage.

 

Christian Szafraniak