HEAT SUR SEINE

385085.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Alternant drames bourgeois et comédies populaires à gros budget, le cinéma hexagonal a toujours eu du mal à proposer des films plus radicaux. Ainsi, les rares films de genre 100% français – fantastique, science-fiction, horreur ou action – ont droit dans le meilleur des cas à une sortie en salles confidentielle ou au pire à une sortie directe en VOD ou DVD. Pas de quoi conquérir le public qui est pourtant demandeur au vue du succès des films de genre américains. L’énorme poids des télévisions dans le financement de notre cinéma y est sûrement pour quelque chose puisque celles-ci, dans leur calcul tout à fait compréhensible, préfèrent financer des films diffusables en prime time le dimanche soir.

Avec entre autres Alexandre Aja, Xavier Gens, Christophe Gans, nous possédons en France un vivier incroyable de cinéastes de genre extrêmement talentueux qu’Hollywood n’hésite pas à nous piquer.

Benjamin Rocher, le réalisateur d’Antigang, s’inscrit dans cette lignée. Après être passé par le genre de l’horreur avec ses deux premiers films (La Horde et Goal of the Dead) il nous propose ici un film d’action nerveux, sec et bien burné.

A la faveur d’un scénario ménageant bien ses effets, le film prend soin de caractériser ses personnages afin de nous les rendre attachants et maintient un rythme soutenu. Avec ses références bien digérées (on pense à Heat et à Point Break), Benjamin Rocher nous propose un spectacle jouissif qui évite tous les clichés. Surtout dans les rapports entre les personnages. Ainsi, le duo formé par Jean Reno et Alban Lenoir évite de nous resservir la dynamique du vieux flic/jeune flic déjà vu cent fois pour nous proposer toute autre chose. A tous les niveaux le film s’efforce de sortir des sentiers battus.

Dans son personnage de vieil ours fatigué au visage buriné Jean Reno est tout simplement incroyable. Filmé avec amour il n’a jamais été aussi bien utilisé au cinéma. Son personnage vaut à lui seul le déplacement.

Côté action, Antigang nous réserve de gros moments de cinoche comme cette scène de fusillade qui se prolonge en poursuite à pieds en plein Paris. Du jamais vu dans un film français.

Avec son casting de « gueules » et ses répliques percutantes AntiGang est sans conteste l’un des meilleur film français cette année. Espérons qu’il ouvre la voie à d’autres films de genre made in France.

Fouad Boudar