Allo Maman Bobo

On ne change pas une équipe qui gagne : ce slogan éminemment footballistique peut s’appliquer au cinéma. Après avoir repris le chemin des Antilles esclavagistes pour « Case Départ », le tandem Ngijol/Eboué embarque tout son petit monde vers l’Afrique subsaharienne. Autour des deux clowns, Franck De La Personne et Etienne Chicot campent de nouveau les pires clichés de l’homme blanc vus au travers des lunettes déformantes de l’antiracisme primaire. Le roux bedonnant bisse son personnage de falot fayot alors que son compère enfile la défroque d’un réactionnaire de la pire espèce. Avec des accents de Foccart, monsieur France Afrique, le comédien qui avait prêté son talent à Téchiné et Corneau se compromet ici dans une composition sans nuances.

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Le mot est lâché. Si vous appréciez les paysages clair-obscur, passez votre chemin. En effet, comme dans le premier opus, il n’y a pas de place pour la remise en questions des pseudo-évidences, ni de paix des braves. L’Occident n’est vu que sous le prisme du néo colonisateur et du pilleur de richesses. Et quand les auteurs s’attaquent aux autochtones, c’est toujours pour dénoncer leur tentative de pastiche du modèle européen. Le dictateur Bobo a été formé, selon ses propres dires, en Bavière. Qu’en a-t-il rapporté ? Un bric-à-brac nazi ! Certes, il reviendra à l’esprit des plus anciens le cérémonial napoléonien de l’ex-empereur de Centre Afrique Bokassa, grotesque et pitoyable, mais de là à imaginer que la seule équation entre Allemagne et histoire soit la tragédie hitlérienne est, pour le moins, inquiétant.

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Le cinéphile sera lui outré du pillage systématique de gags tirés de films antérieurs. Le chat grimé en Führer rappelle étrangement le coucou suisse de « L’as des as », la fosse aux crocodiles est un mix entre « Pirates des Caraïbes » et « le dernier roi d’Ecosse ». Quant au village typique reconstitué, idée qui germa dans le monde réel dans le cerveau fécond du favori de la tsarine Catherine, Potemkine, nous avions pu déjà le voir dans « Safari » d’Olivier Baroux. Et lorsque le 7ème Art ne suffit pas, les scénaristes puisent leurs faibles références soit chez Clio (la muse, pas la voiture), soit dans les journaux télévisés. Ce salmigondis ne troublera pas nos petits bourgeois progressistes qui retrouveront là bien des certitudes nourries d’école républicaine et de tiers-mondisme à peine digéré. Faire du cinéma populaire en brossant dans le sens du poil les critiques du Boboland évitera au « Crocodile du Botswanga » de prendre une volée de bois vert de la part de nos plumassiers. Le sanglot de l’homme blanc pourra se nourrir encore et toujours des malheurs du continent africain. Mais permettez-nous de préférer l’impertinence d’un Sacha Baron Cohen à la puérilité des locataires du Djamel Comedy Club.

REGIS DULAS