A Votre Bon Souvenir

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Tourné en 2013, « Une belle fin » a pris son temps pour atteindre nos écrans. L’essentiel est qu’il y soit parvenu car il fait partie de ces films que personne n’attend, sans tête d’affiche mais qui au final vous laissent un souvenir vivace après la projection.

A 44 ans, John May a une vie routinière : presque invisible pour le monde extérieur, il porte des costumes de la même couleur que son bureau et mange tous les jours la même chose. Il met sa vie entièrement au service de ses « clients » : les personnes décédées sans famille connue. Il est le dernier à avoir une pensée pour elles et fait tout pour éviter que leurs cendres soient jetées dans la fosse commune. Il rédige lui-même leur éloge funèbre, choisit la musique de leurs funérailles avant d’ajouter leur photo dans son album. Cet album, dans lequel il conserve précieusement les photos de toutes ces vies oubliées, contient la famille qu’il s’est reconstituée. Ces morts remplissent toute sa vie.

Un beau jour, son supérieur décide de supprimer son poste. Il sait alors que le dossier qu’il vient d’ouvrir, celui de Billy Stoke, un voisin dont il ignorait l’existence, sera le dernier. John va alors se jeter corps et âme dans cette recherche, étant lui-même en sursis. Le tour d’Angleterre qu’il entreprend pour retrouver les proches de Billy va changer sa vie, pour toujours.

Ce dossier, c’est son dernier sursaut, sa reprise en main qui va le reconnecter avec les vivants. A travers les témoignages de ses proches, ex-compagnes et anciens collègues, il fait la connaissance de son voisin et une étrange amitié par-delà la mort se noue entre eux. En même temps qu’il ranime le souvenir de Billy dans le cœur des gens qui ont partagé sa vie, John s’éveille. Il reprend goût aux plaisirs simples, s’émerveille de petits riens, emprunte même des attitudes de Billy. Sa rencontre avec Kelly qui n’a quasiment pas connu son père va entériner ce retour parmi les vivants.

Cette « résurrection » nous fait comprendre le double sens du titre original, malheureusement perdu avec sa version française : « Still Life » que l’on pourrait traduire par « encore de la vie » ou « vie immobile ».

Umberto Pasolini est le petit-neveu de Luchino Visconti. Ancien trader à la City, il s’est mis tardivement au cinéma : dans un premier temps comme producteur avec « The Full Monthy » en 1997 puis comme réalisateur. « Une belle fin » est son second film. Sa mise en scène à hauteur d’homme est limpide, sans fioriture, entièrement au service de l’évolution psychologique du personnage principal.

Et que dire de l’interprétation d’Eddie Marsan ? Il est la clé de voûte de cette histoire. C’est un bonheur de le voir enfin porter un film sur ses seules épaules, lui qui a travaillé avec les plus grands – Steven Spielberg, Martin Scorsese, Terence Malick, Michael Mann – dans des seconds rôles de prestige.

Eddie Marsan est cet acteur qu’on adore voir parce qu’on s’attache immédiatement à lui. Il capte immédiatement votre regard par l’humanité et la bienveillance qu’il dégage. Il était le choix parfait pour incarner ce personnage.

J’espère le voir dans davantage de premiers rôles car pour moi il a l’étoffe d’un James Stewart ou d’un Tom Hanks. En ces temps où le cinéma est dominé par les héros cyniques, névrosés voire borderline, il serait temps de revoir des histoires menées par des personnages positifs, humains, bienveillants, naïfs. De vrais gentils.

D’une douce mélancolie, le final du film sonne comme un appel à la générosité. Réflexion sur la nécessité de préserver un lien social, l’urgence de vivre et de se confronter au monde, le film nous interroge aussi sur ce qui nous rend éternel, grâce au souvenir que nous laissons dans les cœurs.

 

Fouad Boudar