A most brilliant movie!

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Lorsque trois étoiles montantes atteignent leur firmament en même temps, cela donne « A most violent year », un film qui clôture l’année 2014 de bien belle manière.

J.C. Chandor, jusqu’ici auteur et réalisateur des excellents « Margin Call » et « All is lost », confirme avec « A most violent year » qu’il est un metteur en scène à suivre de près. Une fois de plus, sa mise en scène sobre et élégante se met au service d’un scénario riche et prenant, évitant les pièges du stéréotype et de la caricature. Ce talent d’écriture, déjà aperçu dans le cynique « Margin Call » via d’excellents dialogues, se retrouve ici transposé dans le New York des années 80, en plein « rêve américain ».

On y suit Abel Morales, petit entrepreneur ambitieux, faire face à un pic de violence inégalé ayant des répercussions catastrophiques sur ses affaires. Il se retrouve coincé dans un engrenage infernal dans lequel il se débat difficilement, tentant tant bien que mal de conserver son intégrité morale en évitant les pièges de la corruption, de la fraude ou de la vengeance.

A travers ce personnage, c’est le portrait d’un pays tout entier qui nous est brossé. Toute la déchéance et l’utopie du « rêve américain », vues à travers les yeux d’un homme ambitieux victime de son honnêteté. En bon fils spirituel de Sidney Lumet, J.C Chandor délaisse le cynisme pourtant très efficace de « Margin Call », pour arborer un style plus sobre de polar classique.

Le rythme est plutôt lent et permet à l’auteur de prendre son temps pour nous présenter les différents protagonistes ainsi que le contexte social dans lequel ils évoluent. La tension va crescendo et est comparable à une lente descente aux enfers, sorte d’épée de Damoclès qui descend progressivement tout le long du métrage et qui constitue un suspense des plus réjouissants. En effet, suffisamment malin pour éviter d’être prévisible, l’auteur multiplie les subtils coups de théâtres qui sont autant de coups de masse sur la tête du personnage principal.
Dans le rôle titre, Oscar Isaac, étoile montante notamment remarquée dans « Drive » et récemment magnifiée dans « Inside Llewelyn Davis » des frères Coen, atteint ici des sommets. Arborant un look et un physique volontairement similaire à celui de Al Pacino dans « Le Parrain 2 », il démontre qu’il peut largement atteindre le niveau de son aîné en adoptant un jeu où se côtoient tantôt l’élégance dans le geste, la subtilité dans l’émotion, et la puissance animale dans le regard. Il crève littéralement l’écran et confirme qu’il est l’un des meilleurs acteurs de sa génération.

A ses côtés, Jessica Chastain, troisième étoile du film, complète de façon parfaite le personnage d’Oscar Isaac. Adoptant un jeu encore différent de celui de « Take Shelter » ou d’ »Interstellar », elle campe ici une femme très forte, parfois plus que son mari, dont le charme n’a d’égal que la sournoiserie, palpable dès les premiers instants. Un personnage imprévisible magnifiquement interprété par une jeune actrice qui n’a pas fini de monter.

Du côté des seconds rôles, notons avec plaisir le retour d’Albert Brooks, qui jouait déjà aux côtés d’Oscar Isaac dans « Drive », et qui campe ici le rôle d’un avocat très « british » dans l’âme, sorte d’ange gardien faisant office de bon conseiller dans la vie du couple. Une très bonne surprise.

Vous l’aurez compris, « A most violent year » est donc un film à voir absolument, même si pour chipoter on peut trouver son dénouement assez prévisible et pour le coup presque caricatural. Cela n’entache en rien un film d’une maîtrise totale, toujours cohérent et rarement poussif, qui met en valeur des acteurs de grand talent devant la caméra d’un réalisateur qui l’est tout autant.

Steve Thoré