A bout de souffle

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Inspiré du roman d’Anne-Sophie Brasme, Respire, le second long métrage de Mélanie Laurent (l’actrice de « Je vais bien ne t’en fais pas » et d’ « Inglourious Bastards » de Quentin Tarentino) a reçu les acclamations du public lors de sa présentation à Cannes dans le cadre de la semaine de la critique.

Le film de Mélanie Laurent a été comparé à plusieurs reprises au dernier opus d’Adbellatif Kechiche, «  la Vie d’Adèle », comparaison infondée à notre avis.

« Respire » ne traite pas d’une relation amoureuse, mais d’amitié. L’histoire décrit à première vue des rapports intenses et passionnels, mais en fait, c’est une véritable dénonciation des liens toxiques qui peuvent se créer entre filles. Sarah (Lou de Laâge, vue  naguère dans « Jappeloup »), est la fille dont l’entourage tombe amoureux.  Libre, passionnée, et indépendante, elle jette son dévolu sur la discrète Charlie, interprétée par Joséphine Japy qui faisait, souvenez-vous, partie de la distribution du «  Cloclo » de Florent Emilio-Siri). Les deux jeunes filles s’aiment, se détestent, mais la seule qui va réellement en souffrir est cette pauvre Charlie. A travers un  jeu d’acteurs de haute tenue, nous sommes en pleine empathie avec  les personnages, et nous pénétrons au cœur même  des mensonges de Sarah.  La mise en scène de la réalisatrice, délicate et subtile, offre aux spectateurs de purs moments de beauté et des sensations vives de liberté grâce, notamment, à ses plans de paysages aériens même si, reconnaissons-le,  c’est dans une ambiance de thriller que le long métrage évolue réellement…

La deuxième partie de l’histoire va remettre en cause toutes les appréhensions que l’on pouvait avoir. Cette  manière libératrice de filmer à l’épaule, s’oppose à l’atmosphère oppressante dans laquelle évoluent les personnages. Si l’exposition peut apparaitre un tantinet longuette, une fois le cœur du sujet abordé, on se surprend à désirer que le cauchemar prenne fin, que la souffrance des protagonistes s’arrête. La jeune Charlie vit un cauchemar éveillé, Sarah également : le spectateur ne sait plus qui plaindre. La question de la perversion narcissique est fondamentale, ce trouble peu connu, mais traumatisant implique chacun d’entre nous, la relation vampirique et dépendante qui lie les deux adolescentes ouvre une  réflexion  sur les persécutions et le harcèlement que subissent certains jeunes. Film troublant, c’est le souffle coupé que l’on en sort.

 

JESSICA PAPROCKI