Triple Zéro

 

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Sans être un grand créateur de forme, l’Australien John Hillcoat nous a offert de bonnes péloches : « La Route » et « Des Hommes sans Loi », pour ne citer que les plus connus, se proposaient de donner une vision inédite de genres cinématographiques très balisés. En cinéaste caméléon, Jonh Hillcoat adapte son style au genre qu’il investit.

D’où la grosse attente générée par son dernier opus, “Triple 9”, qui marque sa première incursion dans le film policier nerveux qui sent la poudre. Vendu comme un héritier de Heat et affichant un casting cinq étoiles, il avait tous les atouts pour nous décoller les rétines.

Suivant une bande de flics ripoux perpétrant des braquages pour le compte de la mafia russo-israélienne, le cinéaste avait le matériau idéal pour accoucher d’un thriller haletant et immersif. Handicapé par un scénario qui multiplie les points de vue, le film s’éparpille et ne parvient pas à instaurer de réelle tension. Les conflits moraux, la corruption, les tensions communautaires des ghettos d’Atlanta, sont traités par-dessus la jambe. John Hillcoat vise à côté. Les talents réunis devant l’écran (c’est clairement l’un des plus beau casting de l’année) sont sous-exploités, la faute à des personnages superficiels, tout juste réduits à leur fonction.

Mal servis, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Seuls Casey Affleck et Woody Harrelson tirent leur épingle du jeu et parviennent, par moment, à nous émouvoir. La grande attraction du film est l’interprétation de Kate Winslet dans la peau d’une madone de la mafia péroxydée. Impériale, sublime, elle irradie l’écran. Mieux écrit, son personnage aurait pu entrer au panthéon des “super-bitch” mémorables du cinéma. Il n’est malheureusement pas assez approfondi pour que l’on s’y intéresse davantage ou que l’on se préoccupe de son sort. C’est vraiment dommage. Le film vaut néanmoins le détour rien que pour le travail de l’actrice britannique car ce qu’elle fait de ce personnage peu écrit est un miracle et nous prouve une énième fois qu’elle est une immense comédienne (je compte d’ailleurs l’épouser très prochainement).

Côté action, c’est le minimum syndical. Les images de la bande annonce, qui promettaient de la nitroglycérine sur celluloïd sont expédiées dans les  quinze premières minutes du métrage. Une véritable arnaque ! Le rythme du film est globalement soporifique et pas du tout à la hauteur des enjeux narratifs qui se déroulent sous nos yeux. Plutôt que de nous impliquer émotionnellement par du suspens, de la tension, afin de nous mettre en empathie avec ses personnages, le cinéaste se contente d’enchaîner platement les scènes. Totalement incompréhensible. Le filmage caméra à l’épaule et la photo granuleuse ne font que cacher la misère, leur impact étant neutralisé par la faiblesse globale du métrage.

« Le meilleur film de braquage depuis Heat » nous vante l’affiche. En l’occurrence c’est le spectateur qui se fait braquer car ce polar survendu et peu inspiré n’a absolument rien à voir avec le monument de Michael Mann. Je recommande à l’auteur de cette ligne d’envisager une reconversion professionnelle ou l’acquisition d’une paire de lunettes.

Véritable escroquerie, “Triple 9” est une Ferrari avec un moteur de Renault cinq.

 

Fouad Boudar