Pourtant, que la montagne est belle !

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Fait divers. « Vie sauvage » de Cédric Kahn retrace les années de cavale de Xavier Fortin et de ses deux fils, Shahi Yena et Okwari. Un fait divers qui prit fin en mars 2009 avec le procès de ce père qui onze ans plus tôt avait choisi de récupérer ses fils alors gardés par sa compagne. Pour les besoins du film Xavier Fortin se nommera Philippe Fournier dit Paco, et les deux jeunes Tsali et Okyesa. « Vie sauvage » respecte les grandes lignes de la vie du trio pour en saisir les dimensions cinématographiques et dramatiques, « (une histoire) à la fois mélodrame familial et possibilité de film d’aventure et de cavale en osmose avec la nature » précise le réalisateur du film. Cédric Kahn a axé son film sur la vie en cavale de ce père et de ses deux fils plus que du point de vue de la lutte médiatique de la mère pour récupérer ses enfants, ce qui lui permet de suivre l’évolution de ses deux petits héros, d’abords jeunes sous l’emprise de leur père, puis adolescents en crise.

Casting. « Vie sauvage » bénéficie d’un casting sans faille, Philippe Fournier est interprété par Mathieu Kassovitz, les deux jeunes étant interprétés par Sofiane Neveu puis Jules Ritmanic pour le rôle d’Okyesa et David Gastou puis Romain Depret pour celui de Tsali Fournier. Céline Sallette quant à elle défend le rôle de la mère.

Questions de société. Tourné avec une équipe et des moyens techniques réduits « Vie sauvage » est d’abord un hymne à la nature et à la vie en liberté, puis il devient un regard sur la société au fur et à mesure que grandissent Tsali et Okyesa. Aussi idyllique soit-elle, la vie sauvage est régie par des codes qui tout compte fait s’avèrent être proches de ceux dénoncés par les marginaux. Ce qui provoquera la révolte de Tsali, le fils aîné. Okyesa sera, lui, partagé entre son admiration pour son père et sa complicité avec son frère. Cet instant de crise révèlera l’égoïsme du père et permettra à Cédric Kahn d’aborder la question de ce qu’est être parent.

Philippe Fournier, Roberto Succo, même combat ! « Vie sauvage » conte l’histoire d’un père qui tient à apporter « une vie meilleure » (titre du film précédent de Cédric Kahn) a ses enfants. C’est le parcours d’un être psychorigide tel que l’a montré le réalisateur dans « L’ennui » (1998), « Feux rouges » (2004) ou « Roberto Succo » (2001), sa particularité étant d’avoir entrainé ses fils à adopter et à épouser sa manière de vivre qui a choisi d’évoluer en marge de la société après avoir reçu une éducation bourgeoise. Philippe Fournier a toujours eu le sentiment d’être légitime dans son combat. Le rapprochement que l’on peut faire avec « Roberto Succo » se situe dans la cavale et dans la volonté des deux héros d’échapper à la société.

Film modèle, modèle de film. « Vie sauvage » est une mécanique de précision, Céline Salette, en deux scènes y montre l’étendue de son talent (en particulier lors de la scène des retrouvailles avec ses enfants), le reste du casting est à l’avenant il permet de mettre en avant les affrontements psychologiques et idéologiques de la vie voulue par le personnage du père.

François CAPPELLIEZ