Mais où sont les Ferrero ?

L’Antéchrist

 à insérer juste en dessous du titre l'antéchrist

La nitroglycérine est la matière avec laquelle il peint ses odes au chaos.

Il a fait du froissage de taule une chanson de geste.

A ceux qui le prennent pour le sot du septième art, je réponds : il est le Ingmar Bergman du kaboom ! ! !

Enfant adopté, Michael Bay se passionne très tôt pour la photographie et la mise en scène. Après des études de cinéma, il passe par un stage chez Lucas Film avant de faire ses armes dans la pub et le clip au sein de Propaganda Film, la boîte de production de David Fincher.

Il y travaille son style inimitable, son sens de l’image immédiatement efficace et jouissive. Ce qui lui vaudra d’être remarqué par Jerry Bruckeimer qui lui apporte le projet Bad Boys en 1995. C’est le début d’une carrière fascinante qui lui fera enchaîner les gros morceaux de cinoche qui tâchent : The Rock, Armmageddon, Pearl Harbor et j’en passe contribuent à redéfinir les codes esthétiques du blockbuster estival décérébré et font de Michael Bay le grand pourvoyeur de jouissance rétinienne. Vite repéré par Spielberg, il amorcera sous son influence un virage bienvenu qui le fera réaliser sous bannière Dreamworks le sous-estimé The Island puis sa grande œuvre, son « Guerre et Paix » à lui : la saga Transformers.

Il montre une autre facette de son talent en 2013 avec un petit film génial : No Pain , No Gain. Il prouve ainsi qu’il est aussi à l’aise avec des budgets pharaoniques qu’avec des histoires à taille humaine.

 

Fort Alamo

à insérer dans larticle

13 Hours est dans la lignée des petits films que Bay s’accorde entre deux grosses productions. Inspiré par l’histoire vraie de l’attaque de l’ambassade US en Libye après la chute de Kadhafi, 13 Hours est une nouvelle version de Fort Alamo. Au-delà du contexte géopolitique et de la proximité temporelle des évènements décrits, ce qui intéresse Michael Bay ici ce sont ces personnages qu’il affectionne tant ; des soldats prêts à mourir pour leur pays. Soit une ode au courage et au sacrifice.

Très efficace dans sa manière de bâtir un climat de tension, Michael Bay déroule son savoir-faire habituel lorsqu’il s’agit d’icôniser l’Américain lambda avec force ralentis et lumière dorée. Même s’il est plus sage qu’à l’accoutumé en terme de taule froissée (en même temps c’est l’histoire qui l’impose), sa caméra se fait tremblotante et à hauteur d’hommes comme sur un reportage de guerre afin de nous immerger au cœur du chaos. Bay s’éclate comme un fou et nous ménage quelques belles scènes qui défouraillent sec comme une course poursuite dans les rues de Benghazi d’une efficacité redoutable et surtout, d’une grande lisibilité dans son découpage. On peut reprocher au cinéaste de ne pas donner de visages aux assaillants libyens qui sont filmés comme des nuées d’insectes ; probablement pour ne pas quitter le point de vue de ses héros. En cela, le film évoque Nid de Guêpes de Florent Emilio Siri (2002).

Grossièrement caractérisés, les personnages sont cependant portés par d’excellents acteurs, bien burnés et impliqués. Filmé comme un saint l’ambassadeur américain, qui a bouffé tous les Ferrero,  est finalement laissé au second plan, Michael Bay ne lâchant pas d’une semelle ses soldats, soucieux de leur livrer son poème à leur gloire. Sans oublier de pointer au passage l’attitude ambiguë et très étrange du gouvernement américain dans cette affaire.

Sans être le chef d’œuvre de Michael Bay, 13 Hours recèle de bons moments de cinoche, filmés avec amour et prouve une nouvelle fois que les réceptions de l’ambassadeur sont toujours un succès.

 

Fouad Boudar