La Belle et La Bête

 

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En 2008, Cloverfield, une production JJ Abrams, fit son petit effet en initiant pour de bon la mode des films tournés en found-footage (imitant un tournage au camescope, décadré, pris sur le vif pour plus d’immersion). Si le long métrage en lui-même fut une bonne surprise, la vague qu’il généra nous valut de sacrés mots de tête et pas mal de purges sur grand écran.

L’oeuvre en elle-même cependant était très réussi avec son mélange d’imagerie post 11-septembre et de film de monstre. Il se revoit aujourd’hui avec grand plaisir. L’autre raison de son succès est qu’il proposait à l’époque un croisement inédit : un style « amateur » (le film de famille tourné au camescope) et une histoire de science-fiction.

Huit ans plus tard nous arrive “10 Cloverfield Lane”. Est-ce une suite ? Un remake ? Un reboot ? Une préquelle ? Rien de tout cela. Tourné en secret, le film se fit connaître il y a un peu plus d’un mois à peine via une unique bande-annonce mystérieuse et alléchante. A l’heure où les films sont annoncés avant même qu’une ligne de scénario ne soit écrite et que le moindre éternuement sur un tournage est relayé dans la minute sur la toile, voire débouler par surprise un film est assez réjouissant. D’autant plus qu’il s’agit ici d’un film de studio.

Nous ne dévoilerons rien de l’intrigue ici car il est préférable de le voir vierge de toute information, afin que le plaisir de la découverte en soit décuplé.

Avec le premier opus de 2008 (titré « Cloverfield »), “10 Cloverfield Lane” partage ce fameux mélange entre une forme anti-spectaculaire, le huis clos, et le cinéma de genre. Il s’agit davantage ici d’une variation sur le même thème qu’une suite. Et c’est tant mieux car, en l’occurrence, c’est une réussite totale.

Tourné avec une grande économie de moyens (trois acteurs principaux, quasiment une seule unité de lieu), ce petit budget, très bien écrit, vous prendra à la gorge dès la première seconde pour ne vous lâcher qu’à la dernière image. Tendu, nerveux, parfois insoutenable, le réalisateur maintient une tension croissante tout en jouant sur les ressorts traditionnels de l’émerveillement, à savoir le mystère, le suspens et l’effroi.

Les acteurs sont les principaux moteurs de cette réussite puisque tout passe par eux. Ils sont, chacun dans son registre, absolument merveilleux. John Goodman n’a jamais été aussi effrayant et Mary Elisabeth Winstead trouve enfin un rôle à sa mesure. En plus d’être magnifique, elle dégage une physicalité et un charisme qu’elle n’avait jusqu’à lors pas pu exprimer totalement dans son travail. C’est une nouvelle Sigourney Weaver.

Solide et à plusieurs niveaux de lecture, le scénario ménage habilement ses effets en prenant d’abord le temps de caractériser ses personnages pour nous emmener ensuite dans un grand huit émotionnel.

Atypique et casse-gueule, “10 Cloverfield Lane” vous fera vivre un trip éprouvant.

Fouad Boudar